22 février 2009
BOOB
Non, ce n'est pas un cri, ni une onomatopée, c'est une abréviation qui va faire froid dans le dos des gynécologues et sages-femmes conventionnelles. Le boob, c'est le Bêtisier Officiel de l'OBstétrique.
Bon autant être franche directement.
Je suis attirée par les méthodes d'accouchement naturels, je pense que vous avez dû le remarquer depuis. Forcément, quand on décide de mettre un orteil là-dedans, on découvre des choses pas joli-joli. Des accouchements à la chaîne, des femmes maltraitées (une épisiotomie sans consentement et sans raison valable, moi j'apparente cela à de l'excision), des protocoles à la noix de coco pour rester gentille, de la désinformation complète et parfois choisie pour mieux appliquer des choix non acceptés par les accouchées, des bébés et des mères maltraités par un système médical qui ne voit plus en l'accouchement qu'un moment de pur risque qu'il faut maîtriser le plus possible, bref des choses pas très jolies jolies pour l'adoratrice que je suis de ce moment unique qui ne devrait appartenir qu'à la femme qui accouche.
Peut-être pour ne pas vous effrayer, un petit mot explicatif supplémentaire... On appelle grossesse physiologique, une grossesse sans aucun souci médical, en gros une grossesse qui se passe bien. On appellera donc un accouchement physiologique, un accouchement qui se passe dans des conditions optimales, dans le respect de l'accouchante et du processus physiologique d'un accouchement (position choisie, possibilité de mouvement, de se nourrir, pénombre, calme, bref les choix que la femme décide seule). A l'inverse d'une grossesse pathologique, synonyme de problèmes médicaux comme le diabète gestationnel par exemple et qui nécessite une surveillance plus forte, etc. Le hic, sans rentrer dans trop de détails (car ceux-ci appartiendront à un autre article plus tard), c'est qu'aujourd'hui la médecine actuelle voit souvent chaque grossesse comme pathologique, soutenant qu'on ne peut prévoir l'incident qui pourrait arriver, et utilisant divers protocoles médicaux favorisant soi-disant un accouchement dans de bonnes conditions. Par exemple, suivi par monitoring en continu, perfusion d'ocytocine pour éviter la stagnation du travail, maintien de la position couchée (la pire pour un accouchement), épisiotomie, césarienne programmée pour bébé trop gros ou problème de hanche (c'est fou le nombre de femmes à l'heure actuelle qui ne savent plus accoucher un gros bébé !!!), déclenchement après quelques jours de dépassement de terme (qui reste quand même approximatif), j'en passe et des meilleures, bref, tout un dispositif qui va plutôt à l'encontre d'un bon accouchement dans le cas d'une grossesse physiologique, donc normale.
Alors que terrifiée par les récits alarmants que j'ai pu lire, j'ai trouvé mon réconfort humoristique dans ce site. Autant le dire tout de suite, il annonce clairement la couleur. Bêtisier de l'obstétrique. Mais que peut-on raconter dans un site pareil ?? Et bien, toutes les perles (si on peut les appeler comme cela) qu'on peut entendre de la bouche d'un gynécologue obstétricien (gentiment nommé gynobs), d'une sage-femme dirons-nous conventionnelle, d'un psychologue bien-pensant, autour de la grossesse, de la maternité et surtout des choix qui dérangent comme les projets de naissance ou les accouchements à domicile.
Quand on lit tout cela, on croit rêver, et pourtant c'est la triste réalité... Quelques-unes de mes perles préférées chopées au passage :
La salle de contrôle du placard au balai
(Attrapé en 2008)
Un chef de service d'une maternité non dépourvu d'humour fait visiter "ses" locaux flambants neufs. Chaque porte a un nom écrit en grosses lettres capitales. La salle "KOUCHNER" a comme sous-titre "Placard à balai". L'équipage arrive dans la salle de garde des sages-femmes transformée en salle de contrôle de l'ESA avec écran géant permettant de voir tous les monitorings de toutes les salles de travail : « Et là, la sage-femme surveille les 4 salles de naissances depuis son ordi ! » « Formidable », font les autres, « et pas de salle physiologique (*)? » « C'est quoi ? », répond le chef de service.
La sorcière sage-femme surveille les 4 salles de naissance qui sont à haut risque de tomber en décrépitude, mais pas les femmes en couche ni leurs bébés qui laissés seuls ne risquent absolument rien, sauf si ils ont le malheur de chanter : « Sorcière, sorcière, prend garde à ton derriè... » en entier (**).
(*) encore appelée salle nature ou pôle physiologique. Salle de naissance où la femme peut en principe accoucher sans être immobilisée, sans interventions médicales de principe, sans péridurale, mais avec des alternatives de gestion de la douleur telles que bains chauds, massages, acupuncture.
(**) Lire La sorcière du placard au balai dans les contes de la rue Broca par P. Gripari et C. Lapointe. Une sorcière vit dans un placard à balai dont elle ne peut sortir sauf si quelqu'un a la mauvaise idée de chanter cette comptine en entier. ...
Meuh non ça fait pas mal
(Attrapé en 2007)
Grande discussion sur les méthodes de déclenchement de l'accouchement au sein d'un groupe de travail. Arrivé aux méthodes mécaniques(*), tout le monde fait la moue ou prend l'air absent, sauf un gynobs qui témoigne : « Quand j'étais en Afrique j'ai beaucoup utilisé la sonde de Folley. Je peux vous assurer que ça ne fait pas mal.»
Il a essayé ?
(*) Méthode consistant à insérer un ballonnet dans le col de l'utérus et à le gonfler pour forcer l'ouverture du col.
Les femmes enceintes à l'entraînement
(Secret de 2006)
Une femme enceinte assiste à un "cours de préparation" avec sept autres mamans et leurs conjoints. La sage-femme "enseignante" les fait allonger par terre, les jambes en l'air. Comme la jeune femme la regarde interloquée, la sage-femme croit bon de préciser : "Habituez-vous le plus possible, chez vous, à adopter cette position dite gynécologique. Car le jour de l'accouchement, vous devrez rester looooongtemps comme ça".
2h d'entraînement par jour les trois derniers mois de grossesse, puis 4 à 20h de suite pendant l'accouchement, sans boire ni manger, sans tuer le bébé par asphyxie pour cause de surpression sur la veine cave, et avec des contractions du tonnerre par dessus le marché. Punaise ! Fortiches les femmes ! Même un yogi certifié n'y arriverait pas.
Consentement éclairé, c'est quoi ça ?
(Secret de fin 2002)
Lors d'une séance de préparation à l'accouchement, après explication technique de l'épisiotomie en long en large et en travers, croquis à l'appui, la sage-femme déclare : "Quand on fait une épisiotomie, on ne vous le dit pas". Faut dire que le code de santé publique, et surtout la loi Kouchner, sont considérés comme un excellent papier toilette dans les maternités.
Péri or not péri, vous avez le choix
(Secret du 21e siècle)
Une femme enceinte de 6 mois se présente au rendez-vous avec
l'anesthésiste de la maternité dans laquelle elle est inscrite pour la
naissance de son premier bébé. Deux messieurs derrière un bureau
remplissent quelques formalités. Puis l'un d'eux démarre l'entretien :
-- Donc vous allez demander une péridurale ?
--
Oh non, merci, car j'ai déjà pris ma décision et je souhaite accoucher
sans anesthésie. En fait je viens parce que mon gynécologue m'a dit que
l'entretien avec un anesthésiste est obligatoire car il faut constituer
un dossier.
-- Ah oui . Et vous croyez pouvoir accoucher comme ça ?
-- Oui, je pense que je peux, je verrai bien.
-- Vous verrez bien ? Et quand il sera trop tard, vous ferez comment ?
-- Non merci. Je sais que je ne voudrais pas de péridurale.
--
Vous semblez bien sûre de vous ! Mais croyez-en notre expérience et
sachez bien que si vous dites cela c'est parce que vous n'avez jamais
accouché !
La jeune femme est repartie en
s'interrogeant sur cet anesthésiste et sur son confrère qui roulait de
gros yeux avec un air si désespéré. Combien de fois ces messieurs
avaient-ils donc accouché ?
Tu accoucheras dans la douleur
(Secret du 21e siècle, rendu public sur le site www.episiotomie.info)
" On demande à ma femme de pousser de toutes ses forces, elle s'exécute mais la douleur est terrible, toujours au niveau de la cicatrice de l'utérus <césarienne antérieure>. On ne l'écoute pas… Il y a longtemps que la péridurale n'est plus efficace. Au bout d'un certain temps, la sage-femme a même la phrase malheureuse : « Puisque vous ne savez pas pousser, on va prendre les forceps…»
Le Docteur D. procède auX épisiotomieS [une de chaque côté] qui font bondir ma femme, prend alors les forceps, les introduit profondément et commence alors une torture qui paraît interminable [...] Je l'entends dire que c'est une "OS" et c'est sous les cris de ma femme que l'on sort difficilement le bébé, bien marqué par les forceps. Aucune parole de réconfort, aucune explication du docteur et de la sage-femme… Devant ce qui vient de se passer, on fait silence. Je sors à ce moment avec C. pour les soins du bébé. À mon retour dans la salle de travail avec ma petite fille dans les bras, je constate, plus de trente minutes après, que le Docteur D. est toujours en train de faire les points de suture, et toujours sans aucune anesthésie. J'apprends par ma femme totalement épuisée qu'on vient de lui faire une révision utérine, des points dans le vagin (deux déchirures : à gauche et à droite) et qu'on continue à la « recoudre » sans anesthésie."
La crise de démographie des gynobs est telle qu'ils embauchent des apprentis bouchers !!! Ils font au quoi au Conseil de l'Ordre ? Ils se congratulent en sirotant des coktails ,ou ils se font des films sur les méchants parents qui portent plainte contre les gentils docteurs ?
Traumatisée ? Rien à cirer !
(Secret de 2007)
Premier enfant, césarienne en urgence, totalement imprévue, mal
accompagnée. Elle en est restée si traumatisée qu'elle redoute que ça
ne recommence. Alors elle se prépare mentalement pour ce second
accouchement. Elle rédige aussi un projet de naissance dans lequel elle
met tout son cœur et ses émotions, où elle explique à l'équipe pourquoi
elle a si mal vécu sa césarienne, et ce qu'elle veut pour cette seconde
naissance. Elle le donne discrètement au gynobs qui la suit. Visite
suivante, qui se passe, aucun commentaire. N'y tenant plus elle finit
par oser lui demander des nouvelles de son projet de naissance.
L'ont-ils lu ? "Ah, c'est vous qui avez pondu ça ?". Le gynobs sort le papier, entièrement corrigé de rouge. "Je l'ai
fait passer dans le service. On a bien ri. Au moins il aura servi à ça,
nous faire rire, parce que franchement vous ne vous rendez pas compte
de ce que vous écrivez."
Alors que lui s'est parfaitement bien rendu compte de ce qu'il a dit.
Qu'est-ce qu'une grossesse normale ?
Pêché dans "Sociologie de l'accouchement", Béatrice Jacques, Presses Universitaires de France, 2007 :
Dr Y, 33 ans, maternité de niveau 3 :
- Enquêteur : "Qu'est-ce que c'est pour vous une grossesse normale ?"
- Dr Y. : "C'est difficile...Peut-être une grossesse dont on n'a pas entendu parler... [rires], parce que des grossesses normales, il n'y en a plus."
- Enquêteur : " Il n'y en a plus ?"
- Dr.Y. : "Non, pas en France. On impose à tout le monde des examens, des sérologies... Une grossesse normale c'est une grossesse au fin fond de l'Afrique avec un suivi comme on a envie... En France, il n'y a pas de grossesse normale."
C'est tout comme les gynobs, les normaux sont en voie d'extinction.
19 novembre 2008
La dure réalité des protocoles hospitaliers en matière d'accouchement
Un jour je ferai un article là-dessus, mais ça remue pas mal de choses ! En attendant, voici la lettre (véritable lettre mais les noms ont été effacés pour préserver l'anonymat) d'une jeune maman à son gynécologue quant à des protocoles qu'on lui a soumis sans son consentement. Résultat, elle a très mal vécu physiquement et psychologiquement son accouchement. Je rappelle juste la loi de Kouchner qui nous dit qu'aucun acte médical ne peut être fait sans notre consentement... Ces personnes ont actuellement porté plainte contre le gynécologue qui a pratiqué l'épisiotomie.
Objet : Mon accouchement
Lettre recommandée avec accusé de réception
Madame H------------,
J’ai effectué entre juillet et septembre 2008 ma préparation à
l’accouchement à la clinique ---------. Au cours de ces séances de
préparation, il avait été expliqué qu’un certain nombre de
manipulations : rupture artificielle de la poche des eaux, accélération
du travail par utilisation d’ocytocine, étaient épargnées aux mamans
qui faisaient le choix d’accoucher sans péridurale, car elles étaient
douloureuses. Concernant l’épisiotomie, il a été mentionné que son
recours était limité à des cas très précis.
Souhaitant un accouchement le plus naturel possible, j’avais
fait le choix d’accoucher sans péridurale et donc sans ces
manipulations que je considère non nécessaires, voire préjudiciables.
Le 11 septembre dernier, j’ai accouché dans cette même clinique et c’est vous qui vous êtes « occupé» de mon accouchement.
Dés que vous m’avez prise en charge, vers 8h30, je vous ai
fait savoir que je souhaitais un accouchement naturel à savoir, sans
intervention médicale non nécessaire, soit : pas de péridurale, pas
d’accélération artificielle du travail, pas d’épisiotomie, si cela ne
s’avérait pas objectivement et impérativement nécessaire pour la santé
de mon enfant.
Vers 9h00 mon époux et moi-même vous avons clairement reprécisé
que nous souhaitions un accouchement non médicalisé après avoir signé
le document qui désigne la personne de confiance et la personne à
prévenir. Vous n’avez fait aucune opposition à cela.
Vous avez semblé respecter ma volonté et m’avez laissé me
déplacer à ma guise dans la salle de naissance jusqu’à environ 10H30,
heure à laquelle vous m’avez demandé de m’allonger pour un contrôle. Ce
touché a été très douloureux et à son issue vous avez indiqué que la
poche des eaux était fissurée et que le liquide était légèrement teinté
ce qui n’était pas grave.
J’ai appris plus tard, à la lecture de mon dossier médical, qu’en
réalité vous aviez pratiqué une Rupture Artificielle de la poche des
eaux et non un simple touché de contrôle.
Un peu plus tard, vous avez insisté pour me poser une perfusion alors que je n’y tenais pas.
Vous avez mentionné qu’il s’agissait d’une simple mesure de
précaution et que vous ne mettriez rien dans celle-ci sans m’en
avertir.
Un peu plus tard, alors que la douleur s’accentuait, vous m’avez
proposé, comme la perfusion était installée, d’y adjoindre un peu de
Spasfon, ce que j’ai accepté.
En revanche, c’est mon dossier médical qui m’a appris que
vous aviez introduit dans la perfusion vers 12H30 du syntocinon, contre
ma volonté et sans m’en informer.
Peu après, vous m’avez fait allonger. Vous souhaitiez à
nouveau « vérifier quelque chose ». Dans la mesure où, peu avant, vous
m’aviez manipulée pour essayer de faire bouger le bébé qui n’était,
d’après vos dires, pas positionné de façon optimale, je ne me suis pas
méfiée.
Vous m’avez demandé de pousser « un peu pour voir », puis tout
s’est brusquement accéléré (certainement à cause de l’ocytocine), à
commencer par les contractions qui me laissaient à peine le temps de
reprendre mon souffle et certainement pas mes esprits entre les
poussées que vous avez encouragées à vive voix, jusqu'à la fin de
l’expulsion.
J’avais perdu tout contrôle sur MON accouchement.
Peu après, est arrivé le Docteur K------------, qui une fois
disposé à s’occuper de moi, après plus de 5 min d’installation, m’a
déclaré « si j’avais coupé il serait déjà là ». Choquée par cette
phrase surprenante je me suis tendue, j’ai répondu « Non on ne coupe
pas » et j’ai essayé de changer de position, pour me mettre sur le
coté. Mais on m’a retenue et le Docteur a demandé que l’on me mette
l’oxygène … ce que vous avez fait.
A partir de cet instant là
je ne contrôlais plus rien du tout, ne voyant plus trop ce qui se
passait entre mes jambes et ne pouvant plus m’exprimer à cause de ce
masque que j’ai tenté de repousser plusieurs fois mais qui chaque fois
me revenait sur le visage, sitôt que, la contraction passée, je cessais
de pousser.
C’est dans ces conditions, muselée et
impuissante, que j’ai entendu mon mari crier « non ne la coupez pas !!
» alors que je me concentrais sur ma respiration pour reprendre le
dessus.
J’ai ouvert le yeux, tétanisée de peur, et j’ai senti entre mes
jambes une forte et soudaine douleur puis plus rien, avant même d’avoir
eu le temps de me dégager pour me protéger.
Hébétée, j’ai compris que le docteur avait pratiqué une
épisiotomie. Les larmes au bord des yeux, la gorge nouée, j’ai poussé,
pour faire passer les épaules lorsque l’on m’a dit de le faire mais
n’ai pas pu répondre lorsque l’on m’a demandé si je voulais attraper
mon bébé.
L’arrivée d’un enfant est un moment unique, un moment
extrêmement important dans la vie d’un couple. Ce moment nous aurions
aimé en profiter, et nous aurions souhaité le vivre comme nous l’avions
décidé, sereinement et naturellement. Mais vous nous l’avez volé.
En outre, dans les jours qui ont suivi, le plaisir des
moments partagés avec mon enfant a été terriblement entaché par
l’atroce douleur qui me tiraillait chaque fois que je voulais m’asseoir
pour l’allaiter ou le bercer.
L’importante cicatrice laissée par l’épisiotomie mal suturée
me rappellera jusqu’à la fin de mes jours le plaisir gâché de ce 11
septembre 2008 et les souffrances physiques et morales endurées par la
suite. Souffrance qui perdurent aujourd’hui, tant pour moi que pour mon
époux, qui culpabilise encore ne pas avoir compris plus tôt que
personne n’avait l’intention de respecter notre volonté et que le
médecin inciserait mon périnée sur près de 5cm sans même m’en informer
au préalable.
Aussi vous comprendrez que je trouve le déroulement des évènements
du 11 septembre terriblement injuste et que je cherche à comprendre
pourquoi je n’ai pas pu vivre MON accouchement comme JE le souhaitais.
Pourquoi, ce jour là, tout s’est finalement déroulé comme si je
n’existais pas, comme si je ne comptais pas, alors que j’étais, au
final, la première concernée.
C’est dans ce but que je vous écris aujourd’hui, afin de vous
demander pourquoi vous avez rompu artificiellement la poche des eaux,
pourquoi vous avez introduit du syntocinon dans la perfusion, pourquoi
vous n’avez pas laissé faire la nature comme je vous l’avais demandé ?
Et surtout pourquoi avoir fait tout cela à mon insu et sans me laisser
aucun choix alors que je vous faisais confiance ?
Enfin, je ne peux pas non plus comprendre comment, en tant que
femme, vous n’avez pas empêché le docteur K------- de me mutiler alors
que j’avais réitéré devant lui mon refus catégorique concernant
l’épisiotomie et qu’aucun élément connu de vous, de lui et de nous ne
justifiait cela ?
Espérant recevoir des réponses à mes questions, je vous prie d’agréer, Madame, mes salutations.
Prénom Nom
(Signature)
28 octobre 2008
Récit de naissance magnifique
Voici un récit de naissance à domicile magnifique, et, avec l'accord de son auteur, je tenais à vous le faire partager. C'est assez long, mais comme moi, vous devriez plonger dans le récit, car il est magnifiquement écrit. Il résume ce que beaucoup de femmes, hélas, vivent avec l'industrie à bébés que sont nos maternités à notre époque, décrit le choix tant contesté qu'elle a décidé de faire et nous relate chaque moment, chaque sentiment de ce bout de chemin de vie qui donne aux femmes l'exclusivité de toucher durant un moment à l'originel de notre existence. Texte emprunté sur le forum Doctissimo, écrit par Emilie.
La naissance de ma fille Lyla ou comment j’ai appris la patience
La blessure hospitalière
Le grand frère de Lyla, Louis, est né le 27 octobre 2006, a la
maternité de l’hôpital de St Nazaire. Malgré les bons échos que j’avais
eus et que j’ai encore de cette maternité, je garde un souvenir
catastrophique et très éprouvant de l’accouchement et du séjour. Je me
suis sentie tout simplement détruite et violée par un protocole médical
froid, distant et infantilisant. Pour d’autres femmes, c’est ce qui
les rassure. Je dois avouer cependant que d’un point de vu strictement
médical, la naissance de Louis a été naturelle mais sans être
physiologique :
- Naturelle parce que le travail s’est déclenché spontanément, que
la poche des eaux n’a pas été rompue, que je n’ai pas eu d’injection
d’ocytocine, ni péridurale, ni d’épisiotomie (après menaces de procès,
insultes et un coup de pied bien placé …mais j’y ai tout de même
échappé). Enfin, Louis n’a pas été sondé, ni aspiré.
- Pas physiologique parce qu’une voie veineuse m’a été imposée,
parce qu’on m’a empêchée de manger et boire, parce que sur 2h de
travail, un monitoring continu de 50 minutes m’a été imposé, parce que
mon besoin de calme, de pénombre et de chaleur n’a pas été respecté
(touchés vaginaux a répétition sans me prévenir, lumière vive, entrée
et sortie des soignants sans aucune discrétion), parce que n’étant bien
qu’à quatre pattes ou sur le coté, on m’a forcé physiquement a mettre
mon enfant au monde sur le dos, les pieds dans les étriers, parce qu’on
m’a parlé de la péridurale tout au long de la dilatation alors que je
voulais juste qu’on me fiche la paix, parce qu’après une sortie rapide
et naturelle du placenta, il était de routine de me presser le ventre
très fort sans même me prévenir ou s’interroger sur la nécessité
médicale de ce geste, qui après vérification était bien inutile. Louis
a été pesé, mesuré, lavé et habillé dans la demi heure qui a suivi sa
naissance même si j ai tout de même eu droit à un petit peau a peau de
15 minutes.
- Enfin, je ne compte plus les faux conseils le manque de
discrétion, les betises et les réflexions déplacées dispensés par tous
les soignants de cette maternité tout au long de mon long séjour de 5
jours interminables. Tous partaient d’un postulat simple : « C’est
votre premier bébé, vous ne SAVEZ pas, nous si. ».
En quête de la magie de la naissance
Voilà comment, d’après un ressenti très personnel, j’estime
que cet instant magique a été transformé en une épreuve traumatisante.
J’en ai donc déduis très naturellement qu’un accouchement en structure
n’était pas fait pour moi, ni mes bébés.
Après avoir réalisé à quel point j’étais blessée de cette
expérience (Louis avait 4 mois je crois), je n’ai eu de cesse de faire
des recherches (Internet, lectures, échanges avec d’autres parents,
avec des soignants) pour savoir s’il existait un autre moyen de donner
la vie, ou si j’étais condamnée a mourir un peu a chaque fois qu’un
petit être viendrait agrandir notre famille.
J’ai entendu parler de l’AAD (Accouchement accompagné à domicile)
tout en découvrant une toute autre façon de vivre sa parentalité : le
portage, l’allaitement long, l’éducation non violente…Il a fallu y
convertir celui qui partageait ma vie depuis 7 ans et ce ne fut pas une
mince affaire. Mais devant mes blessures passées, ma volonté de vouloir
donner le meilleur a ceux qui nous sont le plus chers –nos enfants- et
ma ténacité, il a finit par saisir le véritable enjeu de tout ce
travail de recherche et de remise en question : réparer ce traumatisme.
C’est ainsi que lorsque Louis eu fêté son premier
anniversaire, j’ai demandé à Antoine (mon mari) de me faire un autre
enfant. Mes motivations étaient floues : était-ce seulement pour me «
guérir » ? Est-ce que lui était prêt ? Et si Louis était encore trop
petit ? La seule chose que je savais, c’est qu’au fond de moi, cet
appel de la maternité, de la chair me retournait les entrailles. Il
était temps pour mon corps de fabriquer a nouveau un tout petit.
Les essais ne furent pas longs et au cours de mon premier
cycle, j’étais a nouveau enceinte. J’étais un peu scotchée et surprise.
Comment était-ce possible si vite ? Antoine était aussi surprit que moi
et un peu désappointé. Mais ce bébé était déjà là, en moi, nous ne
pouvions plus reculer.
Après la joie, se sont succédés comme pour ma première grossesse,
les maux, qualifiés de petits par une grosse majorité du corps médical
: nausées, vomissements, fatigue extrême, constipation…et pourtant
j’avais pris le parti d’être heureuse pour cette grossesse. Sans cesser
de me plaindre de ces symptômes, parasites de mon bonheur, j’ai tout de
même eu une grossesse très sereine.
Mettre au monde, une histoire de femmes
Cette sérénité est due au rôle capital qu’à joué une femme
dans cette superbe aventure : Bernadette. C’est la maman d’un ami.
Jeune adulte, j’ai vécu chez elle quelques mois quand je me suis
envolée en peu précipitamment du nid parental, devenu trop étroit pour
mes envies irrépressibles de liberté. Ce fut une période de transition
riche en anecdotes et en confidences. Et puis je l’ai quitté a son tour
pour m’installer enfin dans la vie réelle.
Durant 9 ans, nous ne nous sommes jamais perdues de vue. Je ne
sais pas pourquoi. Je savais son expérience. Mère de 3 garçons, elle
avait donné naissance a son 3e enfant chez elle, avec un homme
sage-femme, après une sérieuse remise a question et la découverte de
son besoin de « naturel ». Elle a donc joué le rôle de « Doula » sans
même savoir ce que ce terme signifiait. Après s’être renseigné, elle se
qualifia elle-même d’accompagnante, jugeant que sa seule expérience de
mère ne faisait pas d’elle une Doula , laissant cette appellation à
celles qui ont bénéficié d’une formation spécifique et qui revendiquent
ce titre.
Elle m’a donc accompagnée avec beaucoup de tendresse et de
dévotion tout au long de ces 9 mois. Elle fut tour a tour ma
confidente, ma masseuse personnelle, ma psy, mon aide-ménagère, mon
amie….
Avant de lui demander d’être auprès de moi pour ce parcours, afin
que je bénéficie de son expérience d’AAD, j’ai eu peur qu’elle ne
prenne une place maternelle. Ma maman est ma maman et personne ne
pouvait la remplacer, aussi éloignée soit-elle. Bernadette a su jouer
son rôle et rester a sa place. Ma maman, elle, comme a chaque grossesse
était présente autant qu’elle le pouvait (elle vit a plusieurs
centaines de kilomètres de nous) grâce a Internet, au téléphone et
Airfrance.
Pour ne pas me sentir malade mais seulement enceinte, j’ai
fait le choix de me limiter aux examens médicaux qui étaient vraiment
nécessaires et de refuser les autres, par principe et aussi selon mon
envie du moment (tant que cela ne mettait en danger personne). Echos
mensuelles, O’Sullivan, Test trisomie, toxoplasmose mensuelle, je les
ai évités. Je me suis donc centrée sur mon enfant, l’écoute de mon
corps en bénéficiant du suivi d’une femme particulièrement sage :
Françoise. Elle assure tout le suivi médical de la grossesse des mamans
qui font des choix jugés marginaux par le collège des obstétriciens
français (AAD, ANA, plateau technique …)Malheureusement elle ne
pratiquait pas l’AAD.
A force de recherches j’ai fini par trouver une adresse mail. Une
SF AAD plus qu’a part. C’est ma dame en blanc (c’est un choix dont je
connais pas l’origine mais c’est ainsi, elle ne s’habille que de
blanc). Elle n’est pas dans les pages jaunes, elle n’est pas
conventionnée. C’est celle qu’on trouve par le bouche a oreilles, c’est
celle qui vous connaît mieux que personne et qu’il faut convaincre. Je
savais qu’elle cessait son activité dans les années a venir et qu’elle
ne prenait pas de nouvelles familles et pourtant il fallait absolument
que ce soit elle (je n’avais pas tellement le choix, dans mon
département, les autres SF étaient trop loin ou indisponibles pour des
raisons de santé). Alors je lui ai envoyé un mail avec le récit de la
naissance de Louis pour qu’elle sache ma douleur et ma détermination à
la panser. J’ai terminé mon mail en lui expliquant que c’était elle ou
personne d’autre, quitte à faire mon petit seule.
Elle m’a répondu en me proposant une rencontre, chez elle, lieu
des « consultations ». Je ne sais pas si cela arrive à d’autres femmes,
mais je suis tombée en amour. Confiance, calme, sérénité. Moi, la maman
speed, je me suis pris une grosse claque. Mais c’était bien elle, J.
Antoine, assez septique avant de la rencontrer, est sorti de ce «
rendez-vous » enchanté de connaître une femme aussi remarquable et
professionnelle. Elle pourrait donc nous accompagner pour cette
naissance. J’entamais mon 3e mois de grossesse.
Nous nous sommes revus une seconde fois lors de mon 7e mois. Je
commençais à avoir peur et à douter de mes capacités, c’était le bon
moment pour la revoir. Elle a su trouver les mots justes, encore.
En dehors de ces rencontres physiques, elle était d’une très
grande disponibilité par téléphone et par mail, à des heures pas très
protocolaires.
Et puis l’heure de cette 3e rencontre avec elle, la 1ere avec mon bébé, sonna enfin.
La leçon d’humilité
A la façon dont Louis était né, je m’étais préparée
mentalement à faire face a une naissance très rapide et j’avais même
envisagé que J n’arrive pas a temps. Je me sentais prête et assez forte
pour gérer à nouveau un événement très fort et très violent. Mais Lyla
en a décidé autrement.
Comme pour ma première grossesse, dès 6 mois, j’avais de
nombreuses contractions. Je ne souhaitais pas être examinée lors de mes
consultations mensuelles. Et c’est moi-même, lorsque j’étais inquiète,
qui procédait a un examen du col. Il se modifiait vite. Vers 7 mois,
j’ai tout de même demandé a Françoise de me donner son avis et le
verdict fut l’exacte description de ma propre observation : col effacé,
postérieur, ouvert a 2. Finalement, il était plus prudent que je me
repose un peu et Louis fut confié a sa mamy Ginette en journée durant 2
semaines afin que je récupère.
Paradoxalement, j’étais moins inquiète et plutôt en confiance. De
plus, il était évident pour moi que Lyla arriverait très en avance.
Elle était prévue pour le 9 septembre et pourtant…
Le Jeudi 14 août, j’avais rendez-vous avec mon ostéopathe afin de
mettre en place mon bassin et mon sacrum trop malmenés lors de mon
premier accouchement (la position sur le dos fait des dégâts
considérables à ces endroits). Depuis déjà 2 semaines, j’avais de
nombreux pré travail, tard le soir que seul un bain pouvait calmer.
J’avais le sentiment que le travail débutait mais qu’il était bloqué de
façon mécanique par une mauvaise position de mon bassin, ce que me
confirma l’ostéopathe. Après cette séance, je me sentais bien mieux et
dans la journée qui a suivi, Lyla n’a pas cessé de bouger très fort, de
pousser sur ses pieds et d’appuyer fort sur le col. Le Vendredi 15
août, à 5h du matin, j’ai été réveillée par une très grosse
contraction, longue et entraînante, comme une vague. J’étais heureuse,
c’était le début. Nous attendions, le soir même des amis qui devaient
passer deux jours chez nous. Cela ne me dérangeait pas de les savoir
présents lors de la naissance car ils avaient eux-mêmes fait leur
petite fille à la maison avec la même SF. Toute la journée, les
contractions allaient et venaient : toutes les demi-heures, toutes les
heures …. Je tenais J au courant par texto.
Le Samedi 16 août, pas
de changement, les contractions restaient douloureuses et fortes mais
assez espacées pour que je continue a vivre normalement : siestes,
cuisine, repas, ballades ….il fallait juste que je m’accroupisse et que
je me concentre pour accepter cette douleur. Le soir venu, je suis
sortie à une petite soirée avec des amis. Mon ballet les a beaucoup
amusés mais ils étaient tout de même un peu inquiets d’envisager une
naissance, là, au milieu du salon …A minuit je suis rentrée dormir.
Le
Dimanche 17 août, les contractions sont devenues encore plus fortes
mais toujours espacées d’au moins une demi-heure. Et puis je n’avais
pas trop le temps d’y prêter attention, nous étions invités à un repas
d’anniversaire prévu ce midi là. Encore une fois, les personnes
présentes étaient amusées, certaines compatissantes, en voyant le
travail bel et bien engagé.
En fin de journée, je commençais réellement a en avoir marre.
Après avoir couché Louis, nous avons décidé de tout mettre en œuvre
pour que Lyla se décide enfin : séance d’haptonomie, massages, huiles
essentielles et bougies, un bain très chaud et un gros câlin. A minuit,
je me suis couchée pleine d’espoir. Avant d’éteindre la lumière, j’ai
consulté mes mails une dernière fois. En même temps que je lisais un
mail de J m’apprenant qu’elle ne serait sûrement pas là cette nuit (un
autre bébé arrivait), une violente contraction me plie en deux. Il
fallait que ce soit le seul soir d’indisponibilité de ma SF, pour que
ma fille se décide enfin !!! J’ai eu un grand moment de panique. Il
était hors de question d’aller à la maternité, je n’y étais même pas
inscrite, par choix et par peur d’y mettre les pieds. Contre toute
attente, Antoine m’a fait couler un bain et m’a expliqué qu’il
comprenait mon angoisse de la maternité et que si vraiment notre SF ne
venait pas, nous saurions bien faire face tous les deux. Il se sentait
prêt. J’étais terriblement émue et reconnaissante de cette décision.
Quel courage !
Alors, pour la première fois, malgré de nombreuses fausses alertes
avant, nous avons préparé notre lit, les serviettes, l’huile de
massage…Tout est prêt, elle pouvait venir.
Je crois que c’est pour cela que j’ai vraiment fini par laisser
venir Lyla et le travail a commencé, pour de vrai. Sur le dos entre les
contractions, accroupie pendant, Antoine m’aidait a me mouvoir dans
l’eau. Malgré mes cris, Louis dormait paisiblement. Mes larmes
coulaient de rage : pourquoi cela durait-il si longtemps ? Antoine
finit par appeler J vers 1h. Elle lui expliqua qu’elle était toujours
disponible pour venir mais pas pour longtemps et que si l’autre maman
la rappelait, elle irait la voir. Encore à ce moment je n’étais pas
certaine que ce soit pour cette nuit. Depuis 3 jours, je doutais, sans
être très sure. Je ne pouvais pas la faire venir de si loin (une heure
de route) pour une fausse alerte. A 2h, Antoine la rappelle et elle
demande à me parler. Je lui explique mon incertitude mais elle m’entend
hurler lors de la contraction suivante et finalement décide de venir. A
3h, elle arrive, quitte ses chaussures, s’avance pieds nus dans la
pénombre (il n’y a que deux bougies allumées, dans la salle de bain.).
Elle écoute le cœur de Lyla pendant quelques minutes, tout va bien.
Elle m’explique que l’autre maman en est à son 3e bébé a la maison et
que le papa est prêt a faire face seul. Je me sens moins coupable de
leur voler J.
Antoine m’apporte à boire et à manger, je barbotte toujours et je
décide de retourner au lit. Antoine va se coucher et J et moi, nous
restons en tête à tête. Elle s’assoit sur une chaise a coté du lit et
je me mets sur le coté Nous parlons, de tout et de rien, nous essayons
d’éclaircir tout ce qui me retient encore et qui m’empêche de
m’abandonner totalement. Les contractions s’espacent, puis cessent
totalement. Il est 5h environ. J’en ai marre, je me lève pour manger,
je me fait un sandwich et pèle une pomme. Ca n’avance plus. Après une
longue hésitation, moi qui ne voulais pas que l’on me touche, je
demande a J de me dire si mon col s’ouvre ou pas. Elle ne pratique pas
ce geste d’ordinaire, ce n’est pas dans ces méthodes de travail.
Pourtant elle accepte : j’en suis a 5-6 cm. Cela me donne du courage,
ça avance…doucement, certes, mais ça avance.
Elle m’explique que j’ai trop peur de cette douleur, que je dois
plonger dedans et l’accepter enfin, ne plus rien retenir. J’ai aussi
l’impression que je savoure cette naissance alors que j’ai subie celle
de Louis. J’accouche deux fois, c’est donc plus long…Et puis j’avais «
décidé » que ce serait une naissance rapide et Lyla m’apprend la
patience et l’humilité. Je ne contrôle pas tout, je dois l’accepter et
lacher-prise. J écoute à nouveau Lyla, tout baigne.
Les contractions reprennent, toujours espacées d’une demi-heure. J’ai le temps de récupérer entre chaque.
Il
est 6h, je me refais couler un bain et je vais voir Antoine pour lui
demander de venir. Nous restons tous les deux, J s’éclipse. Et le
ballet aquatique recommence, nous sommes très synchrones. Puis ça
devient plus fort, je vois le jour se lever sur cette quatrième journée
de travail et le désespoir me gagne.
Nous sommes le Lundi 18 août et j’en ai marre, JE VEUX QU’ELLE
SORTE !!!!Antoine va chercher J, elle s’installe par terre à coté
d’Antoine et souri doucement. Je lui dis que je n’en peux plus, que je
veux qu’elle me perce la poche des eaux. Elle m’explique qu’elle ne
fera rien : c’est à moi de mettre au monde ma fille, si je peux
l’atteindre, je peux la percer moi-même…sinon, je dois être patiente et
accepter.
Et là, je repense a cette fameuse phase de désespérance et je me
marre. Je suis en plein dedans et ça veut dire que Lyla sera vite là.
C’est la dernière ligne droite. Je sors du bain et je demande à Antoine
d’appeler Bernadette. Elle ne répond pas. Je suis triste, j’ai besoin
d’elle.
Me voici dans ma chambre, sur mon lit, tantôt sur le
coté, tantôt a quatre pattes, le torse appuyé sur mon ballon rose.
Antoine est parti s’occuper de Louis qui boit son biberon et joue
calmement dans le salon. J me tiens la main, soutiens ma jambe, me
caresse les cheveux…Je lui dis mon bonheur d’être là, chez moi,
d’entendre mon fils jouer juste a coté.
Et je pousse. Tout doucement, puis comme une forcenée. Mes cris
assez brefs et stridents se fonts plus longs. Je suis plus souvent sur
le coté. Je décide de rester à quatre pattes mais ça fait trop mal, ça
pousse. Je voudrais me recoucher. J me dit que c’est à moi de décider,
mais que si ça fait aussi mal c’est parce que c’est une position
efficace. Il est temps que plonge enfin dans cette vague de douleur ….
Bernadette appelle, elle vient d’avoir le message, c’est la seule
fois qu’elle oublie son téléphone, elle est déçue de ne pas être là.
J’exige sa présence, « sinon je ne la fait pas ! ». Elle se met en
route, elle habite à 45 minutes d’ici. Je ne saurais pas vraiment dire
pourquoi sa présence était indispensable à ce point. Peut-être parce
que je n’avais tout simplement pas imaginé qu’elle ne soit pas là.
Mes contractions qui étaient très espacées se rapprochent enfin,
il est 9h. Je vais mourir, je rugis de rage, je pousse. On dirait un
animal en furie. Elle va sortir, il faut qu’elle sorte. Mais j’ai trop
mal, je ne vais jamais y arriver et Bernadette n’est pas là. Je ne peux
pas sans elle. Mais Antoine est a coté. Je suis rassurée de le savoir
là, avec Louis, tout proche. J me masse le dos en descendant en même
temps que je pousse. J’ai une subite envie de vomir, c’est Lyla qui se
place et qui descend, c’est très bon signe. Je grogne, je râle, je
feule, c’est un festival que cris félins. Je suis en dedans de moi,
tout, autour de moi, s’est écroulé et je ne suis qu’une boule de
douleur et de cris. La seule chose que je perçois encore, ce sont les
doigts de J qui courent le long de mon dos, attirant vers le bas, comme
un aimant, le corps le Lyla.
J me dit que les « sentinelles » arrivent, elles annoncent
l’arrivée du bébé …elle fait référence à ce qui restait dans mon
intestin …Quelle poétesse tout de même ! La poche des eaux bombe à la
sortie, mon bassin s’écarte et SPLACH !! Je sens le liquide amniotique
couler le long de mes cuisses et je patauge dedans avant qu’il ne soit
épongé par l’épaisseur des couettes posées sous moi.
La tête de Lyla pointe, elle est pleine de cheveux, même à quatre
pattes, je vois tout dans le miroir situé dans mon dos. Je réalise que
ma fille sort de moi et je suis pétrifiée. J appelle Antoine mais
Bernadette est à la porte et il lui ouvre. Elle est là, enfin, Lyla
peut naître.
Je pousse une seule fois et j’ai l’impression de me déchirer en
deux. Quelle douleur !! Lyla glisse comme une petite savonnette et
tombe entre mes jambes. Elle est si petite, je n’ose pas la toucher. Je
suis sonnée et je ne réalise pas. Après 3 jours d’attente, est-ce que
je ne rêve pas ? Antoine entre avec Louis. Ils étaient devant la porte
lorsqu’elle est née.
J m’encourage à la prendre, elle pleure vite et fort. Elle nous
raconte son histoire, son parcours et sa si longue naissance, mais si
douce.
Je la prends tout contre moi, on nous couvre et je me mets sur le
coté. Ma toute petite fille, toute minuscule…Elle est parfaite !














